Marx et Orwell à Détroit

Marx et Orwell à Detroit

150410122956-abandoned-detroit-super-169Lost River, le premier film réalisé par Ryan Gosling est passé assez inaperçu. Loin de la promotion des blockbusters et sans “tête d’affiche”, Lost River n’est pas un film à destination du grand public. Ce n’est pas Tarantino et ses films clés en main, prêt à penser.

C’est donc au spectateur de faire l’effort de s’immerger dans un univers qu’il ne connaît pas et de s’investir émotionnellement. Sans cette participation, le public n’y verra qu’un conte lassant et dénué de sens. Le film a reçu d’ailleurs autant de critiques dithyrambiques qu’affligées. Lost River est pourtant un film profond, plein de non-dits et d’éléments à décrypter. Gosling nous plonge dans une Amérique peu glamour, loin de New York, Miami ou Vegas, pour nous faire découvrir les coins glauques d’un Detroit dévasté par la crise économique de 2008, mis à genou par le capitalisme. Les prises de vue sont magnifiques et la bande originale est hors-norme.

C’est sur cette toile de fond que Gosling dessine l’histoire « d’une mère qui tente d’élever au mieux ses enfants dans un environnement hostile », une mère semblable aux common men décrits par Orwell, les gens ordinaires, vous, toi, moi, nous attachés à des valeurs morales à la portée de tous. Malheureusement, dans un monde où chacun vit isolé et poursuit son intérêt égoïste, cette décence ordinaire ne peut être maintenue et vivifiée dans le rapport aux autres. Le lien social qui permet de l’activer est mort et il ne reste que la famille, bouée de sauvetage dans la tempête du libéralisme.

Matt-Smith-in-Lost-RiverFace à cette famille, Gosling oppose deux personnages : le banquier et le lumpenprolo, la racaille. Le premier nous dévoile la face sombre d’hommes aisés dont les désirs éternellement insatisfaits les poussent vers la satisfaction de fantasmes toujours plus pervers. Le second, inculte et bestial, affiche sa prétention à posséder et à dominer, comme le bourgeois. Il est d’ailleurs accompagné d’un subalterne, quasi esclave, auquel il infligera des mutilations.

Lost River, c’est l’éloge de la décence des gens ordinaires face à l’immoralité du libéralisme, mis en scène avec une très grande pudeur et du style. Un film court et puissant, à contempler.

Ludovic Alidovitch

Article parut initialement sur le site Le Comptoir

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