La réponse à l’islamophobie, c’est Gramsci

Les affaires posant l’islam comme problème ces dernières années ont été pléthores. Le schéma est toujours le même : un homme politique lance une idée à petite échelle, les médias s’en emparent et en font les gros titres au niveau national, puis les réseaux sociaux s’enflamment et le fossé continue de se creuser au sein d’une opinion publique sommée de prendre position. Les uns s’indignent, les autres justifient. Les premiers crient à l’islamophobie tandis que les seconds accusent les premiers de mettre en péril leur mode de vie. Les politiques allument la mèche, les médias attisent le feu et les réseaux sociaux jettent de l’huile.

A cette allure là, la France ne sera plus qu’une terre brûlée dans moins d’une décennie. Alors que faire ? Comment répondre à ces feux allumés de toute part par une caste politique désormais résignée à utiliser une catégorie de la population pour masquer son incapacité à gouverner ? Que faire pour répondre à une caste médiatique faisant son audience sur des unes tapageuses ciblant toujours les mêmes ?

On pourrait se lancer dans le sempiternel débat sur la laïcité en arguant que la vraie laïcité est celle décrite par Baubérot. On pourrait également dénoncer cette islamophobie institutionnalisée et faire appel au droit. Mais dans un monde où les opinions supplantent les idées et où les émotions dominent la raison, c’est peine perdue.

D’autant plus qu’il existe une règle universelle et anthropologique à retenir : l’idéologie l’emporte toujours sur la loi. Ce sont les idées dominantes qui façonnent l’opinion publique et c’est toujours avec l’aval de cette opinion publique que les élites commettent les pires atrocités. Un simple coup d’œil sur le siècle dernier nous le confirme. Dès lors, invoquer le Droit pour défendre ses intérêts, sans s’être au préalable acquis une partie considérable de l’opinion publique, est voué à l’échec. En période de crise aggravée et de méfiance des politiques, brandir le drapeau de la lutte contre les discriminations permet certes de faire baisser temporairement certaines têtes, mais vous assure aussi de renforcer les sentiments initiaux d’une opinion publique de plus en plus acquise aux idées néoconservatrices. En d’autre terme, allez pleurer dans les jupons de la maitresse vous garantit de vous mettre encore plus à dos les camarades de la cour.

Pour autant, les musulmans doivent-ils se résigner à être les paillassons de la caste politique ? Doivent-ils accepter le rôle de perturbateur de la cohésion nationale ?

Certainement pas. Mais dans une société où la différence est devenue la norme, ceux qui n’ont aucune spécificité communautaire à mettre en avant, ne trouvent aucune association pour défendre leurs intérêts. Lâchés par des politiques soumis aux impératifs du Marché, ils se retrouvent seuls face à la crise économique. De plus, nombreux traversent également une crise de sens. Dès lors, ils trouvent dans le bricolage laïcard un marqueur identitaire rassurant et donnant un sens à leur présence. Cette identité se construit de manière dialogique en confrontation avec l’identité musulmane. Pour être plus français, il faut repousser d’avantage les musulmans. « Charles Martel revient » scande certains.

Ces crispations identitaires trouvent leur pendant chez les musulmans et on assiste même à une compétition identitaire, chacun exultant une seule facette de leur identité, pourtant complexe, de manière exclusive. Tout est désormais vu à travers le prisme d’une identité unique.

Lutter contre l’islamophobie nécessite avant tout de sortir du cercle vicieux identitaire. Celui-ci se nourrit d’un vivre ensemble décrété sur l’éloge des différences de chacun. Donc, il nous faut sortir des postures partisanes favorisant l’atomisation de la société et l’affaiblissement du lien social. Pour cela, il est indispensable de retrouver du commun avec nos concitoyens. Il nous faut apprendre à gérer nos identités multiples et à avoir le « bon timing » dans l’expression de celle-ci au sein de l’espace public. Nous devons être les défenseurs des causes communes et ne pas seulement nous mobiliser lorsque notre identité musulmane est touchée. Et au-delà de ça, il est impératif de développer une critique du système qui depuis deux siècles favorise la division du peuple en catégories et qui pousse celles-ci à tomber dans la revendication communautaire. L’éternelle loi du « diviser pour régner ».

Alidovitch

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