L’identitarisme : maladie du XXIème siècle

Malraux nous annonçait que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas.Pourtant, force est de constater que ce début de siècle est marqué par la récurrence des problématiques liées à l’identité. Fragilisés par une peur du déclin, les peuples, réduits à une addition d’individus isolés, se réfugient dans des identités fantasmées. Des Etats-Unis à la Chine en passant par notre France, il semblerait désormais que l’ascendance vaille plus que les actes. Conserver un mode de vie confortable, menacé par des hordes de migrants islamistes devient vital. C’est pourtant ce mode de vie qui a détruit les liens sociaux et engendré une société de concurrence et de méfiance.

Modernité et Post-Modernité 

Dans les sociétés traditionnelles, il était considéré qu’il y avait des choses qui se faisaient et des choses qui ne se faisaient pas. Ces sociétés, selon le sociologue Marcel Mauss, étaient fondées sur la triple obligation de « donner, recevoir et rendre », ce qui inscrivait l’individu dans une perspective collective. Celui-ci se devait de prendre en compte les gens qui l’entouraient et ne pouvait laisser libre cours à ses désirs. Or, en postulant que l’être humain est avant tout un individu précédent la société et foncièrement animé par la recherche de son intérêt individuel, la Modernité (au sens de système de valeurs dominantes) gomme chaque jour d’avantage cette aspiration spontanée et innée du cœur des êtres humains pour y imprimer la loi du profit : « il y a des choses qui rapportent et d’autres qui ne rapportent pas ». L’économie est devenue ainsi, au cours des deux siècles derniers, le moteur de la société.

Dans le prolongement, la postmodernité accouche d’un nouveau paradigme : « Il y a des gens comme nous et d’autres différents de nous ». En effet, en généralisant les règles de l’économie à l’ensemble des pans de notre société (du sport à l’éducation en passant par la santé), la Modernité a transformé les communautés en une somme d’individus, en monades disait Engels, « dont chacune a un mode de vie particulier et une fin particulière ». Sans projet ni destin commun, chacun poursuit ses rêves de possession matérielle afin de goûter au paradis sur Terre promis par l’industrie de la publicité. Tous se perdent dans une société où l’avoir supplante l’être et où tous deviennent ennemi les uns des autres. Et lorsque la crise apparaît soudainement, il ne reste plus que la bouée identitaire à laquelle s’accrocher. Celle-ci garantirait la protection du paradis chèrement acquis, au point d’oublier que ce sont les actionnaires qui menacent le plus les conquêtes sociales.

Au cours des dernières décennies, l’identité est devenue un étalon de mesure définissant les rapports sociaux. C’est la naissance de l’identitarisme et la renaissance du racisme, sous une forme plus évoluée.

Qu’est-ce que l’identitarisme ?

L’être humain est naturellement composé d’une multitude de facettes identitaires. Les identités collectives nous rattachent à d’autres, tandis que les identités singulières nous distinguent des autres. Ces identités sont interconnectées et s’enrichissent mutuellement. De plus, l’individu verra son ADN identitaire évoluer tout au long de sa vie à travers ses interactions avec les autres.

Chaque facette s’exprimera selon un contexte précis. Ainsi, l’environnement dans lequel nous évoluons définira l’identité que nous allons mettre en avant. Celle-ci n’est pas isolée des autres. Bien qu’elle soit autonome, elle reste inscrite dans une structure complexe où chaque identité est connectée. Par exemple, lorsque je vais voter, c’est mon identité politique qui intervient. Celle-ci peut-être néanmoins influencée par mon identité religieuse, mon identité intellectuelle ou une autre. De même que lorsque je supporte une équipe de foot, c’est mon identité sportive qui s’exprime. Celle-ci reste connectée avec mon identité locale, familiale et culturelle. Mon identité religieuse conditionne ma lecture des textes révélés. Cette identité est également influencée par mes identités sociales, professionnelles, psychologiques, familiales etc…

L’alchimie de ces identités fait de chacun d’entre nous des individus uniques. C’est grâce à ces schémas identitaires que la création est riche de sa diversité.

Cependant, nous constatons depuis maintenant quelques décennies, que nous avons de plus en plus de difficultés à nous définir et à maîtriser nos multiples identités. Pire, nous avons tendance à nous définir par une seule de ces facettes et ce, dans tous les domaines dans lesquels nous évoluons. Cette maladresse identitaire créée des décalages avec les réalités et avec nos concitoyens. Elle accentue également les processus de marginalisation que révèlent ces postures identitaristes. De plus, elle creuse le fossé entre des groupes désormais repliés sur eux-mêmes et construisant leur identité en opposition à l’autre: « Pour être plus moi, je dois être moins l’autre ». Ou : « De peur d’être moins moi, je dois tout rejeter de l’autre. L’acceptation d’une partie de l’autre pouvant signifier l’altération de moi ».

Imaginaire collectif et choc des civilisations

L’imaginaire collectif construit par la caste politico-médiatique et nourrit par quelques exemples au quotidien, définit des représentations. Ces représentations orientent les comportements et développent des réflexes non-conscients. En une décennie, nous avons assisté à la formation de deux camps dans notre pays : D’un côté, les musulmans, supposés être un bloc monolithique avec un projet et des pratiques étrangères et gênantes. Et de l’autre, La République incarnée dans la sainte Laïcité et la Liberté d’expression.

Si seuls quelques éléments ultra-minoritaires alimentent la montée des tensions, la majorité, en restant passive et en ne proposant pas une autre lecture, bascule pas à pas, de manière inconsciente, dans l’un des deux camps. Cette majorité n’use plus d’arguments, ne cherche plus à comprendre le sens des mots utilisés et optent pour des « réponses zapping » symptomatiques de notre époque. Ainsi, à la question : « pourquoi êtes-vous contre le porte du voile à l’université ? », la réponse est : « Parce que c’est contraire à la Laïcité. ». Cette laïcité est devenue une bouée identitaire donnant un sens à de nombreux citoyens en perte de repères identitaires.

Si la question de l’identité a relégué la question spirituelle au second plan, il serait peut-être temps de ramener celle-ci sur le devant de la scène. Car au-delà de crises économiques, l’Occident vit une véritable crise de sens à laquelle la spiritualité doit apporter des réponses. Alors que nous avons tendance à nous replier sur nous mêmes et à mettre en avant ce qui nous différencie des autres, il est peut-être temps de prendre à contre pied la dynamique actuelle et répondre au défi identitaire en mettant du commun au centre et de défendre cette aspiration innée et spontanée nous poussant à agir en bien.

Alidovitch

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